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Feuilleton footnos: le Mondial imaginaire

Message non lupar shogun » Mer 22 Juil 2009 22:49

Argentine - Brésil en finale !
tout un continent en folie ....

et c'est encore la RFA qui nous élimine ! maudite fatalité .... Jamais 2 sans 3, hélas !

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Message non lupar pacoborel » Mer 22 Juil 2009 23:00

gaoutte a écrit:04/07 (Montréal) Angleterre-Belgique England
05/07 (Edmonton) Argentine-Yougoslavie Argentina
06/07 (Toronto) Brésil-Espagne Brésil
07/07 (Vancouver) RFA-URSS URSS

il reste du beau monde...

A la fin, si tu es d'accord Paco, on publiera l'intégralité sur le site Footnostalgie.com


Volontiers !

Vos réactions me font très plaisir.

Quant aux pronos, j'évite de les lire pour pas être trop influencé. En fait, je n'ai aucune idée des résultats de ces matches. J'improvise, c'est ça qui m'amuse.

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Feuilleton footnos: le Mondial imaginaire (8ème épisode)

Message non lupar pacoborel » Mer 29 Juil 2009 16:30

Lien vers le septième épisode

4 juillet

Les organisateurs de ce Mondial avaient secrètement rêvé, pour sa réussite commerciale, voir le Canada disputer un quart de finale dans le majestueux Stade Olympique de Montréal. Voeu (pas très) pieux victime du réalisme anglais. Les Anglais, justement, rosissent de plaisir au doux soleil du début d’après-midi québécois. Le sort leur réserve l’adversaire le plus abordable (pensent-ils) des quarts de finale et, pourquoi pas, un chemin fleuri vers la consécration dans ce pays ami, belle histoire après 1966.

Manque de chance, Montréal n’est pas vraiment amical... Le quart francophone de la ville (le seul à nourrir de l’intérêt pour la balle ronde) a été séduit par la simplicité des Belges, arrivés il y a quarante-huit heures dans la Belle Province et auréolés du statut de tombeur de géants après l’élimination de l’Italie. Montréal prend donc fait et cause pour les Diables Rouges, leur jeu direct et musclé, leur solide santé et leur simplicité. L’Angleterre reste l’ancien colon et, malheureusement pour la sélection aux Trois Lions, draine toujours sa cargaison de viande soûle. Après de nombreux incidents causés par des supporters anglais éméchés dans les centre-villes de Québec, d’Hamilton et de Montréal, le quotidien « La Presse » a barré sa une d’un « Les Barbares sont là », le ministre fédéral canadien de l’Intérieur s’est publiquement indigné et son homologue britannique lui a demandé « qui avait laissé rentrer ces énergumènes ? » En prévision, les Anglais avaient transmis au Canada un fichier signalant les supporters dits dangereux. Sans effet.

Le 4 juillet à 15 heures (21 heures en Europe), le Stade Olympique suinte donc l’hostilité anti-anglaise, ce qui contribue à motiver les Anglais, réputés têtes brulées. Dès la troisième minute, Colin Morrow fait exploser Temmerman d’un tacle appuyé mais régulier. Un douzième de cadran plus tard, Sammy Longford confond la tête de Courant avec le cuir. L’arbitre M. Schurmann, instituteur suisse d’1,90m, distribue les bons points. Carton jaune pour Longford puis pour Thorngood qui discute la décision. Trevor Basildon, le sélectionneur anglais, hoche la tête de dépit : ce football violent n’est pas le sien. Depuis le début de l’épreuve, son équipe lui échappe, ses consignes se perdent dans la nature. Sent-il aussi, en creux, ses hommes perdre le fil du jeu par excès de bile ?

Toujours est-il que la Belgique, commandée par Wilfried Smet, « l’entraîneur le plus calme du monde » (selon son capitaine Marc Luyckx), déploie son jeu dans le tumulte, sans génie mais avec une étonnante efficacité. En pointe, De Baecker et Neyrinckx éprouvent la solidité de la défense adverse, le premier en force, l’autre en finesse, le tout devant un bloc milieu-défense très homogène et apte à remonter rapidement le ballon avec un minimum de déchets. A la 34e minute, juste à point, Temmerman échappe aux crampons de Morrow, feinte la frappe et sert Galens à l’entrée de la surface. Le Standardmen, encerclé, se sert de De Baecker comme pivot et place un envoi précis dans le petit filet du but de Statham. A la mi-temps, la Belgique mène un-zéro le plus logiquement du monde.

Cet affront au football anglais, infligé à la face du monde, est trop violent pour ne pas susciter de réaction. Basildon adresse à ses joueurs un sermon à faire vibrer les poutres du stade (« on aurait dit Churchill pendant la guerre », témoignera Gary Cook), en appelle à l’honneur de ses joueurs et lance en pointe Graham North, l’attaquant d’Ipswich, à la place de Hintley. Drôle d’histoire de celle de North, jeune attaquant de 21 ans qui se destinait au cricket avant qu’un accident de moissonneuse-batteuse ne lui fasse changer de sport à la puberté. Les progrès du jeune homme balle au pied (et non batte au poing) ont été fulgurants au point que Basildon l’a inclus dans sa liste des vingt-deux avant de le lancer pour forcer la décision. Six minutes après son entrée en jeu, North a égalisé.

Stupeur belge mais pas de tremblements. Smet se contente de demander à ses hommes de se regrouper et d’attendre les contres : « les Anglais manquent d’imagination. Je savais qu’ils attaqueraient en rafale et perdraient leur lucidité. C’était à nous d’en profiter. »

Les vieux sages ont toujours raison. Campés sur le but de Thyssen, en passe de devenir héros national après son excellent match contre l’Italie, les Belges posent du mastic partout, utilisent le piège à bêtes (le hors-jeu), répondent aux provocations sans (trop) sombrer dans la violence (Coorts averti contre trois autres cartons jaunes aux Anglais) et sortent progressivement de leur tanière au fur et à mesure que les Bretons fatiguent.

A la 77e minute, curieuse symétrie avec la première période, Temmerman longues jambes récupère un ballon au milieu et s’envole dans l’une de ses chevauchées qui ont fait sa gloire sous la maillot d’Anderlecht. Grand et laid, perché sur des échasses toutes maigres, il échappe comme le vent aux faucilles adverses et offre sur un plateau le deuxième but à De Baecker. Le taureau brugeois ne manque pas l’offrande, le Stade Olympique jubile et, sans bruit, sans prétention, la Belgique se glisse en demi-finales de la Coupe du Monde.

Les Diables sont fêtés, adulés, loués et restent lucides. « On est si bien ici qu’on a eu envie de rester », s’amuse Wilfried Smet. « Donnez-nous vingt-deux Belges et nous ferons un monde meilleur », affirme « L’Équipe ».

5 juillet

L’Argentine est dans la même situation que l’Angleterre, favorite de son quart de finale face à la Yougoslavie. A la différence près qu’un pays entier l’attend comme la Providence. Si les Anglais savent se faire une raison dans la défaite, les Argentins brûlent d’un feu footballistique sans équivalent en Europe et aiment leur sélection d’une passion violente, inquiétante. Tout le pays attend le sacre mondial pour oublier ses tourments. Le sélectionneur Evaristo Pastor en est tellement conscient qu’il multiplie depuis six mois les stages à huis-clos afin de soustraire ses internationaux à la pression populaire. Dans le même but, les albicelestes étaient les premiers à pied d’oeuvre sur le sol canadien.

Le calendrier, clément, a laissé aux Argentins huit jours entiers de repos avant ce match, avec un petite transhumance vite digérée entre leur camp de base dans le Manitoba et Edmonton. Les Yougoslaves, en revanche, ont fait le lointain voyage depuis l’est du pays et ont encore dans les jambes le match contre le Maroc. Entre Argentins surmotivés et Yougoslaves fatigués, la balance penche vers les premiers.

Elle penche aussi vers le spectacle et le football chatoyant que promettent ces deux équipes fantasques. Les Yougoslaves, on le constate très vite, sont à la hauteur du défi. Il ne manque pas une vis à leur mécano défensif et le milieu de terrain Capljic-Kovac-Brnovic-Maric (Djelenka sur le banc) répond en virtuosité au trio Zetti-Roldán-Gauterio (Campano blessé). Conséquence, ce sont les Yougoslaves qui tirent les premiers au but. Capljic alerte Medina de la tête et Zilic, le jeune bosniaque de 20 ans (Karic sur le banc, lui aussi), voit sa reprise de volée déviée ... par un équipier et filer à côté.

Même quasiment réduits à dix (Moreni, neutralisé, ne touche pas un ballon), les Argentins n’en sont pas moins potentiellement redoutables. Puisque l’axe est bouché, ils investissent les couloirs où les latéraux Alcocer et Blawnik sont trop heureux de respirer le grand air de l’offensive. Le match s’équilibre, le gardien yougoslave Topic doit intervenir avec classe sur un coup-franc de Zetti.

A la demi-heure de jeu, un malentendu va cependant modifier les données de ce match prometteur. Corrado, l’attaquant argentin connu pour son tempérament explosif, s’en prend soudain violemment à Topic, le gardien yougoslave, et se fait étendre pour le compte par Pecovski. L’arbitre israélien M. Shan, salomonique, expulse le vengeur et l’agresseur, un verdict que ne supporte pas Corrado. Il se défend avec véhémence, affirmant que Topic l’a insulté en espagnol (il joue à Valladolid). Celui-ci soutiendra pour sa défense qu’il s’adressait à un partenaire en yougoslave.

Qui a raison ? L’affaire restera un mystère mais le match doit se poursuivre. Avec un homme de moins de chaque côté, il ne pourra plus être le même. C’est l’Argentine qui s’adapte le plus vite aux nouvelles données. Moreni se déporte franchement en pointe aux côtés de Torrevilla et s’offre un peu d’air tandis que Kocija doit sacrifier un milieu de terrain (Maric) pour reconstituer une défense centrale avec l’entrée du géant Ilic (1,92m). Torrevilla par deux fois, Gauterio et Blawnik créent le danger mais Topic veille.

Les contacts s’aiguisent et l’acidité est palpable. Le jeu se glisse dans les interstices mais les artistes (Brnovic, Capljic d’un côté ; Moreni, Roldán de l’autre) passent plus de temps à terre que balle au pied. La mi-temps est atteinte sur ce goût amer, « double zéro à dix contre dix, chiffres fatals à un match qui augurait tant de belles choses », regrette « L’Équipe ».


Si le spectacle s’évanouit lentement, le suspens gonfle. L’humidité qui règne sur l’Alberta use les organismes et alimente la tension. Moreni, sur un fil, efface Ilic mais hésite un instant de trop entre tir et passe. En réponse, Zilic récupère un centre mal dégagé de Brnovic et frappe de peu au-dessus. A vingt minutes du terme, Kocija sort Capljic, perclus, et lance Karic dans la marmite. Le vieux héron lyonnais a l’air plus renfrogné que jamais et se distingue tout de suite par quelques arabesques sur son côté favori (le gauche).

Pastor, de son côté, ne bouge pas. Debout, silencieux, impénétrable dans son long manteau noir, il a l’air d’un empereur commandant ses troupes par télépathie. La fin approchant et, avec elle, la perspective d’une prolongation, il attend le dernier moment pour procéder à ses remplacements. Zetti, touché en début de période, réclame pourtant à sortir. Pastor ne réagit pas, il sait le danger que peut représenter le n°8 de la Boca Juniors sur les coups de pieds arrêtés. Il prévoit de ne le remplacer qu’à la première minute de la prolongation, si elle doit avoir lieu.

A cinq minutes du terme, Medina intervient dans les pieds de Karic et relance vite. Alcocer remonte le terrain pour la cinquantième fois de l’après-midi. Arrivé dans le camp adverse, il sollicite un jeu en triangle que Kovac interrompt d’un coup de scie. Coup-franc à trente mètres des buts. Le mur se forme : Zetti, malgré son mollet douloureux, est derrière le canon. Il fait mine de frapper mais, au dernier moment, reprend son geste en une petite passe vrillée qui contourne le mur. Moreni, caché entre deux adversaires médusés, démarre comme une Yamaha, amortit le cuir, le caresse deux fois avant de le loger avec violence dans le plafond des buts de Topic, figé de stupeur.

C’est le quotidien espagnol « As » qui parlera le mieux de ce but, le seul du match, qui qualifie l’Argentine en demi-finale : « on nous avait dit monts et merveilles de ce gamin dont chaque pied est une main, chaque toucher de balle un pas de danse. Son talent avait été jusqu’ici trop intermittent, éclipsé par l’enjeu et la dureté d’une compétition sans répit. Et soudain, l’éclair, le geste venu de nulle part, l’inspiration née du génie, dans lequel se mélangent efficacité et plaisir des yeux. Même les Yougoslaves ne semblaient pas abattus car ils avaient été, bien malgré eux, acteurs de ce but qui, déjà, resterait dans l’histoire du Mondial. »

« Il n’y a pas de honte à s’incliner face au talent, quand celui-ci est pur », reconnaît, grand seigneur, Ivica Kocija. Buenos Aires en liesse ne l’entend déjà plus.

A suivre
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Message non lupar pascal » Jeu 30 Juil 2009 8:38

super pour les Belges


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Message non lupar gaoutte » Jeu 30 Juil 2009 20:10

Je voyais l'Argentine en Finale. Que de surprises.....
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Message non lupar pacoborel » Jeu 30 Juil 2009 22:53

gaoutte a écrit:Je voyais l'Argentine en Finale. Que de surprises.....


Relis bien tu seras moins surpris ...
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Message non lupar johnny rep » Ven 31 Juil 2009 0:26

Temmerman n'est il finalement qu'un postulant pour les "Ils n'ont brillé qu'un seul été" ?
Zetti sera-t-il amoindri pour les 1/2 ?
Le suspens ne fait que commencer ...
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Message non lupar Rainer Bonhof » Ven 31 Juil 2009 10:02

Aura t-on droit a un Argentine/Belgique en demis ou tirage au sort intégral ? Je vois bien un remake de 86 avec Argentine/Allemagne en finale. Et comme toujours en pareil cas - phase finale hors Europe - victoire des albicelestes.
Moreni est en route pour le Ballon d'Or
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Message non lupar pacoborel » Ven 31 Juil 2009 11:04

Ah non l'Argentine affronte le vainqueur de RFA-URSS et la Belgique celui de Brésil-Espagne.

Les Sud-Américains rêvent tous d'un Brésil-Argentine en finale bien sûr.
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Message non lupar Rainer Bonhof » Ven 31 Juil 2009 19:52

La RFA va balayer les russes en mode Euro 72. Ca va etre le grand retour de la tornade blanche
M'etonnerait pas que certain russes demande l'asile politique au Canada apres cette debacle annoncée :gdit:
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Feuilleton footnos: le Mondial imaginaire (9ème épisode)

Message non lupar pacoborel » Mer 05 Aoû 2009 15:08

Lien vers le huitième épisode

6 juillet

Quand l’arbitre italien M. Sassetti siffle le coup d’envoi du quart de finale opposant le Brésil à l’Espagne au Rogers Centre de Toronto, il y a bien longtemps que le match a débuté, mais dans la presse. Guerre de déclarations, de sous-entendus, d’accusations mutuelles. Les Brésiliens sont favorisés par l’arbitrage, selon les uns. Les clubs espagnols tentent de faire tourner la tête des joueurs Auriverdes en leur proposant, en plein Mondial, des offres mirobolantes « afin de les déconcentrer », selon les autres. Baltemar Gottardi s’est étonné de voir des émissaires de l’Atlético Madrid pénétrer la résidence de la Seleção (ce que le club colchonero dément) à deux jours du match et les Espagnols, en réponse, se sont demandés pourquoi leurs adversaires avaient pu rester dans leur stade du premier tour et bénéficier d’un jour de récupération en plus. De plus, la désignation de M. Sassetti, invité habituel de la confédération brésilienne, a causé des haussements de sourcils. « La présence de João Havelange à la tête de la FIFA ne doit pas y être étrangère », insinuent les Espagnols.

Bref, les esprits et les muscles sont chauds à l’heure du coup d’envoi. Pourtant, les principaux concernés - les joueurs - sont restés d’une admirable discrétion et maintiennent les débats dans les limites du correct. Il faut dire que le jeu, rapide et électrique, exige une concentration extrême. La rencontre est intense : le Brésil confisque le ballon et l’Espagne réplique par des contres coupants. Moacyr, le portier brésilien, plonge dans les pieds de l’insaisissable Quique Romero et soupire d’aise quand un tir d’Adurní Alonzo, seul aux quinze mètres, s’envole dans les tribunes.

Le Brésil se gorge de domination stérile malgré une attaque à trois (Edivaldo-Elefante-Josué) car, derrière, personne ne donne l’inspiration, les milieux étant trop concentrés sur leur tâches défensives. « Je m’étonne de la volonté de la part des responsables brésiliens de vouloir ‘européaniser’ à outrance leur jeu », constate Albert Batteux. « S’il y a bien une chose sur laquelle le Brésil doit s’appuyer, c’est l’incroyable virtuosité de ses joueurs, faite d’une éducation sportive spontanée impossible à reproduire nulle part ailleurs. Etouffer ces qualités intrinsèques pour en développer d’autres (rigueur, efficacité) qu’ils ne possèdent pas au berceau est faire fausse route. »

Difficile de contredire l’ancien sélectionneur français, désormais chroniqueur radio. Le Brésil, affûté physiquement, règne dans la récupération et la possession du ballon mais où sont les artistes ? Où est le brin de folie ? Son bilan aride du premier tour (sept buts marqués, deux encaissés) ne lui ressemble pas. Cette première demi-heure de jeu, faite d’échanges de passes dans l’entrejeu, de centres en profondeur et de tirs de loin, non plus.

La pause atteinte sur un score vierge renforce les espoirs espagnols. Ils sentent si bien le monument vaciller que Moncho Díaz, dans les vestiaires, doit les rappeler à la prudence. « Vous n’affrontez pas une équipe de quartier, poursuivez sur le même rythme mais, surtout, restez groupés. » Ce discours de moniteur de colo passe peut-être trop bien ... car l’Espagne se retranche progressivement et range son audace, ne laissant « que » Quique Romero en pointe. Le match s’endort, pain bénit pour le Brésil qui peut enfin solliciter ses arrières latéraux et créer un surnombre. Rómulo, déjà buteur contre l’URSS, manque de peu de conclure un somptueux mouvement collectif entre Josué, Teo Dias et Andrezinho.

A l’heure de jeu, Gottardi se décide enfin à sortir un de ses trois attaquants (à trois dans un entonnoir, on a du mal à passer) et lance Alan Queimado, le fou-fou gaucher qui provoque des courts-circuits, parfois dans sa propre équipe. Panique dans les sous-bois espagnols où Nacho Pérez et Apolonio, les deux arrières centraux, se perdent dans leur placement (Individuelle ? Zone ?) et sortent le rouleau à pâtisserie. Coup-franc à la 65e minute, botté par Teo Dias à vingt-cinq mètres des buts, décalé à gauche. La balle est déviée, Edivaldo jaillit au second poteau et Santi Gorriz, le gardien espagnol, n’est pas très brillant sur l’action. But pour le Brésil (sur coup-franc, un de plus), qui n’enchante pas mais fait preuve d’un opportunisme étonnant. Son Graal obtenu, il se ferme comme un escargot.

L’absence de réaction des Espagnols, dont on se rend compte qu’ils avaient atteint leur seuil de compétence lors du premier tour, déçoit et provoque d’immenses regrets en France. « Nous aurions eu notre mot à dire contre ce Brésil-là », s’exclament les Tricolores. Bien sûr, mais c’est contre les Espagnols qu’ils fallait « dire ce mot » et ne pas attendre d’être menés pour jouer. La question du réalisme et de l’instinct compétiteur du footballeur français revient encore sur la table.

Les Brésiliens, eux, possèdent ces qualités désormais, au point que le titre leur semble promis. Les Belges, arrivés à Toronto la veille, ont assisté à la démonstration dans les tribunes. Ils considèrent leur adversaire comme on consulte un menu : « jusqu’ici, le Brésil a basé sa réussite sur la conservation de la balle et un faux rythme, constate Wilfried Smet. Si nous inversons les données du jeu et l’obligeons à hausser le tempo, que se passera-t-il ? »

7 juillet

RFA-URSS ou le duel entre deux cultures, deux idéologies, deux façons de voir le sport, deux colosses. Le dôme de Vancouver s’attend à tout sauf à de la poésie. Déjà en 1966, demi-finale du mondial anglais, la rencontre entre aigle et ours avait tourné au pugilat. Depuis, l’URSS a mis un peu d’eau dans sa vodka grâce à la présence massive des fantaisistes Ukrainiens. La RFA, en revanche, a tourné le dos à l’esthétisme en troquant (contrainte et forcée) son inspirateur Rammer pour le gladiateur Volckers.

Le Chilien M. Coronado a été nommé pour arbitrer cette rencontre qui inquiète et fascine. Il a l’expérience, la stature et un visage rébarbatif qui fait peur aux enfants. Quand, après trois minutes, Knoben sèche Zaferyan d’un tacle aux trois-quarts arrière (très dangereux), M. Coronado n’hésite pas et expulse le latéral droit ouest-allemand. Dans l’esprit, rien à dire, mais ce genre de déviation étant communément acceptée, la décision si tôt venue étonne. « M. Coronado n’a pas fait d’erreur de jugement mais seulement de diplomatie, commentera Albert-Michel Henry. Avait-il fait part aux joueurs de ses critères avant le coup d’envoi ? »

Face à l’imprévu, la RFA se réorganise. Puisqu’il va lui falloir lutter une heure trente à dix contre onze, elle s’arme de patience et de colère froide. Stihl, le milieu de terrain duisbourgeois, retrouve le poste de défenseur droit qu’il occupait plus jeune, Volckers bosse pour quatre au milieu de terrain et les ailiers (Pfinnitz, Göllwitz) se replient. Les Soviétiques, l’occasion faisant le larron, devraient se porter à l’attaque, assommer un adversaire déboussolé. Au dépit de tous, ils se contentent d’aller à leur rythme, ne sortant pas d’un schéma prédéfini, par crainte et par excès de discipline. On ne va pas à l’encontre de vingt-cinq ans d’éducation sportive, surtout avec Solopeikin sur le banc, génial tacticien, certes, mais qui l’incite ses joueurs à la débauche offensive que dans l’urgence.

Ainsi, on peut voir Kulak et Pyanov, les deux Kiévotes, zébrer le terrain de courses croisées infructueuses, le ballon restant collé dans les pieds du quatuor de milieu de terrain Zaferyan-Nastichev-Podvintsev-Bakhachkov (un Bélarusse, d’un Russe, d’un Ukrainien, un Tatar).

Devant une telle inertie, les Ouest-Allemands se réinstallent paisiblement et, en vingt minutes, ont dressé la herse devant Wüthrich ! Ce match, que l’on attendait intense, est terriblement décevant, un peu à l’image du Mondial qui, selon France Football, « surgit comme un appendice démesuré au terme d’une longue saison qui a épuisé les forces physiques et morales des professionnels européens et sud-américains. La plus belle compétition de la planète ne devrait-elle pas être disputée par des athlètes au mieux de leur forme et, pour cela, faire l’objet d’un programme spécifique de préparation, comme les Jeux Olympiques ? La FIFA n’échappera pas à une remise en question après ces quarts de finale pingres (six buts en quatre matches) dont trois ont délivré le même scénario : un but et fermeture de la boutique. »

« Ce n’est pas un hasard si l’équipe la plus enthousiasmante de ce premier tour fut le Maroc, dont les joueurs ont bénéficié d’une plage de repos et d’une mise en condition progressive favorisée par l’arrêt anticipé du championnat. Mais, au Maroc, la fédération peut sans mal imposer ses doléances à des clubs le plus souvent amateurs et qui dépendent entièrement d’elle... Ce n’est pas un hasard non plus si ce même Maroc a tout de même été éliminé au premier tour d’une compétition réservée aux réalistes. Pas un hasard si le grand homme de l’épreuve est pour l’instant Dennis Volckers, un joueur de grande qualité mais dont le style abrasif et porté sur l’efficacité ne fait pas vraiment rêver les stades. En tout cas, les néophytes Nord-Américains, friands de sports virils, ont eu avec cette Coupe du monde leur content de contacts. Les amateurs européens ont dû, en revanche, ranger leurs illusions. »

L’éditorialiste de l’hebdomadaire dressera ce constat désabusé au lendemain de ce RFA-URSS, dont les trois faits saillants seront, en fin de compte, les expulsions de Knoben, du défenseur soviétique Kasapov (pour une agression, elle aussi délibérée, sur Lippmann) et ... le but Ouest-Allemand, marqué à la 44e par l’ailier Göllwitz sur l’un des six tirs cadrés du match, une reprise du gauche consécutive à une remise de la tête de Lippmann.

L’avantage obtenu, la RFA posera son ciment sur la pelouse avec Volckers à la truelle et une défense en béton armé. Les joueurs Soviétiques se reprocheront (un peu tard) leur manque d’audace et d’opportunisme. Leurs dirigeants, plus pragmatiques, licencieront Solopeikin (envoyé dans le Nord de la Finlande pour une mission « diplomatique à caractère sportif » auprès de la fédération locale) et nommeront à la tête de la Sbornaïa Anatoli Tironchev, l’homme qui a fait le Dynamo Kiev. Heureuse idée dont ils cueilleront les fruits quelques années plus tard.

En attendant, la RFA est toujours là. L’Argentine se dresse face à elle mais ses jambes flagellent.

A suivre
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Message non lupar Rainer Bonhof » Jeu 06 Aoû 2009 19:05

Dans un match haché et surtout tres engagé, la RFA va s'imposer en force face aux argentins (1-0) qui termineront le rencontre a 8. Moreni va peter les plombs et causera la perte de son équipe en se faisant expulser a la 55ème minute.
Le Bresil va se qualifier sans trop de soucis (2-0) mais la presse louera l'excellent parcours des belges
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Message non lupar gaoutte » Ven 07 Aoû 2009 14:06

Brésil Argentine en finale. Combien tu paries ? :lol:

la Belgique, qui a laissé pas mal de force dans les matchs de qualif' se faisant écraser en demies par plus de 3 buts d'écart.
L'argentine passera dans la douleur en demies ( prolong' ou pénos )
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Message non lupar pacoborel » Mar 11 Aoû 2009 16:45

Verdict des demi-finales demain !
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Message non lupar pacoborel » Mer 26 Aoû 2009 12:11

Un peu d'autopromo, je réédite le premier volet. A la fin de chaque épisode, j'ai mis un lien vers le suivant afin de faciliter la lecture. Bon amusement à ceux qui veulent s'abîmer les noeils.
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